Les Français encore frileux au Vietnam
Parole d’Expert : Emmanuel Langlois - 24 février 2008
Les Français sont présents au Vietnam, c’est une vieille histoire, mais pas suffisamment. Pourquoi c’est intéressant d’aller là-bas ?
C’est intéressant aujourd’hui parce que le Vietnam a la deuxième croissance en Asie derrière la Chine, et cette croissance moyenne est de 7,5% ces dix dernières années. Ca c’est une première chose. Deuxième chose, son entrée dans l’OMC (l’Organisation mondiale du commerce) a ouvert une forte mobilisation des bailleurs de fonds. De grosses infrastructures sont en cours de financement, y compris un port en eaux profondes à côté de Ho Chi Minh Ville. Troisièmement, les salaires sont peu élevés, même inférieurs à ceux de la Chine. La région est stable politiquement, et la demande intérieure est de plus en plus forte. C’est quand même un marché de 84 millions d’habitants, et la sous-région du Mékong représente 300 millions d’habitants.
Economiquement, quelles sont les raisons d’y aller ?
Je l’ai dit tout à l’heure, les salaires c’est certain. Le fait qu’on puisse travailler en anglais et en français, c’est aussi plus facile qu’en Chine, où il vaut mieux parler chinois. Il ne faut pas oublier que si on veut exporter dans la sous-région, il y a un million de Vietnamiens qui parlent chinois, qui parlent le cantonais, donc on peut aussi exporter en chinois, si on veut. Donc c’est vraiment une région, en plus qui fait partie de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), donc une zone économique également très stable dans le Sud-Est asiatique.
On l’a vu avec Jacques Rostaing, les Français ont du temps à rattraper, d’autant qu’il y a une histoire commune intéressante, encore très vive avec l’Hexagone ?
Il ne faut pas oublier que les Français sont arrivés les premiers, dans les années 89-90, au moment de l’ouverture, le “Doi Moi”, mais ils sont venus trop tôt, et avec des entreprises trop grosses. L’économie n’était pas en très bonne santé, donc ils se sont pris quelques gamelles. Et aujourd’hui, ça les a freinés. Donc, nos amis Allemands et Italiens ont été plus rapides que nous. Les Asiatiques et Allemands sont très très présents, les Chinois de HongKong et de Taiwan investissent énormément. Donc, on a pris un peu de retard mais je pense qu’on est en train de le rattraper, grâce à des initivatives comme la Semaine Française au Vietnam.
Ca veut dire que c’est plus ouvert à des PME, des entreprises de taille raisonnable, familiale, comme celle de Jacques Rostaing, que des grosses multinationales françaises ?
Oui, parce que c’est vrai qu’il y a de la place pour les multinationales, mais le marché intérieur n’est pas encore très très développé, par exemple dans l’automobile, les voitures sont importées ou montées localement mais les taxes ne favorisent pas le développement de ce secteur.
Article original : France Info
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Faire attention aux cliches quand meme.
Bien sur que le taux de croissance a ete spectaculaire. Est-ce pour autant un signe de competitivite intrinseque du pays (ressources humaines, qualite des infrastructures…) ? Partant de tres bas, le pays a connu une croissance qui correspondait en fait a un ajustement (Quand on a faim, on mange plus, et la croissance, qui traduit la physiologie de l’estomac, ne fait qu’illustrer cette activite accrue… Mange-t-on bien pour autant ? Pas sur).
Ensuite cette croissance est essentiellement due aux exportations des firmes multinationales etrangeres delocalisees sur le territoire vietnamien en quete de faibles couts de la production (et non d’expertise), et non par des entreprises vietnamiennes elles-memes (chiffres du MINEFI : 60% des exportations en valeur sont le fait de firmes etrangeres et 60% du pib vietnamien sont dus a des exportations). Or au moindre soubresaut ou doutes, ces firmes fermeront leurs portes et relocaliseront ailleurs leur production. Tandis l’ouverture des marches de l’OCDE n’est pas perenne.
Aujourd’hui, si l’inflation (25% environ) n’etait que conjoncturelle et liee a la hausse mondiale des prix du petrole et des denrees alimentaires, ce serait a la limite moins inquietant malgre les greves des ouvriers sur les sites de production. Il n’en est helas rien. La lenteur de la reaction pour la circonscrire devoile de dangereuses vulnerabilites qui montrent aujourd’hui les limites structurelles d’une croissance que l’on voudrait a long terme : une corruption endemique qui atteint tous les echelons de la societe, un systeme financier opaque et deliquescent gangrenes par des prets non rentables, enfin un manque d’expertise du personnel en finance et economie dans le cadre d’une economie ouverte au monde avec l’adhesion a OMC.
Ce n’est qu’en solutionnant a la racine les problemes de base (notamment competence et expertise) que la modernisation du pays pourra depasser le cliche et aboutir, et que celui-ci pourra seduire serieusement sur le long terme les investisseurs internationaux et francais. Les agences de notation financiere internationales (Fitch…) considerent aujourd’hui le Vietnam comme un pays a risques.
Quid de demain ?